Portrait d’un ancien élève passé par les plus belles maisons de la gastronomie française, aujourd’hui installé outre-Atlantique
Formé à l’EPMT avant de faire ses armes dans quelques-unes des plus grandes maisons de la gastronomie française, il travaille aujourd’hui aux cuisines du restaurant Daniel, la maison du chef Daniel Boulud à New York. Un nouveau chapitre pour cet ancien élève, qui a construit son parcours auprès d’Anne-Sophie Pic, Hélène Darroze et Stéphanie Le Quellec, avant de traverser l’Atlantique. Aujourd’hui, il partage son quotidien entre passion du métier et découverte d’une nouvelle vie à New York, où il espère bien s’installer durablement.
De passage à Paris cet été, il a accepté de revenir sur son parcours et de se prêter au jeu des questions réponses pour la communauté EPMT.
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Quand vous êtes arrivé à l’EPMT, quel jeune cuisinier étiez-vous ?
J’étais un cuisinier très jeune, sans doute un peu immature, mais j’avais plein d’étoiles dans les yeux. La cuisine, c’était quelque chose que je voulais vraiment découvrir, une envie héritée de ma famille. Mon père et ma mère m’ont transmis très tôt le goût de la culture française, à travers les films, la table. J’adorais manger, je ne savais pas vraiment où je mettais les pieds, mais j’étais très motivé.
A quel moment avez-vous senti que vous vouliez vraiment faire ce métier ? Y-a-t-il eu une rencontre ou une expérience qui a tout changé ?
J’ai senti que je voulais vraiment faire ce métier quand j’ai démarré mon apprentissage au Bistro, à Villejuif. C’est là que j’ai découvert la passion d’un chef qui me l’a transmise. Je n’étais pas sûr à 100 %, mais plus les jours passaient, plus j’avais envie d’apprendre, et c’est ce qui m’a donné l’envie, ensuite, de rejoindre de grandes maisons : restaurants étoilés, palaces, la haute gastronomie française.
Je ne sais pas si j’ai eu un déclic précis avec une seule personne, mais plutôt tout au long de mon parcours, à travers toutes les rencontres et tous les conseils reçus de personnes bien plus expérimentées que moi. Je pense en particulier à Olivier Chaput, mon tout premier chef d’apprentissage, qui m’a transmis cette passion. Je le remercie encore aujourd’hui.
Avec le recul, qu’est ce que l’alternance vous a apporté que vous n’auriez probablement pas trouvé uniquement en cours ?
L’alternance m’a mis directement sur le terrain : travailler pour de vrais clients, aux côtés de collègues bien plus expérimentés que moi. Elle m’a appris le monde du travail, la rigueur des horaires, la régularité du service. C’est une réalité qu’on ne découvre qu’en la vivant.
Vous avez travaillé auprès d’Anne-Sophie Pic, Hélène Darroze, Stéphanie Le Quellec, puis aujourd’hui chez Daniel Boulud. Qu’est ce que ces maisons vous ont appris sur l’exigence du métier ?
Ces maisons m’ont appris l’exigence sous toutes ses formes : régularité, rapidité, professionnalisme, créativité, rigueur. Ce sont des maisons parfois dures, mais je les recommande à toute personne passionnée qui veut découvrir l’univers étoilé.
Elles m’ont aussi permis de côtoyer de très beaux produits et de très beaux budgets, que je n’aurais sans doute pas trouvés ailleurs. Ce sont des maisons aux équipes nombreuses, où chefs et sous-chefs prennent le temps de former apprentis, commis et stagiaires, un vrai luxe pour apprendre. Ce sont des maisons exigeantes, mais où toute la hiérarchie est là pour vous faire grandir. Je remercie sincèrement tous ces chefs qui m’ont donné ma chance.
Qu’est-ce que votre expérience à New York vous a appris, humainement et professionnellement ?
Elle m’a fait découvrir une tout autre vision de la gastronomie française, une autre façon de travailler, plus orientée sur le volume et la rapidité, avec des services beaucoup plus longs. Elle m’a aussi permis d’apporter mes dix ans de carrière en France à une clientèle américaine passionnée par nos traditions, et elle l’est vraiment. À New York, on trouve des boulangeries qui affichent fièrement « la baguette française », des brasseries au nom français : les Américains sont admiratifs de notre gastronomie, qu’il s’agisse de haute cuisine, de brasserie ou de bistrot.
C’est d’ailleurs une cuisine française parfois différente de celle qu’on connaît ici, plus traditionnelle, plus ancrée dans l’héritage. Daniel Boulud, par exemple, perpétue une cuisine que l’on faisait en France il y a trente ans, une cuisine que je n’avais jamais pratiquée chez nous et que je redécouvre à New York : pâtés en croûte, recettes à l’ancienne… C’est passionnant, et j’espère un jour pouvoir revisiter certaines de ces recettes à ma façon. C’est ce que j’aime dans mon parcours : prendre de chaque maison, mélanger les influences.
Si vous croisiez aujourd’hui l’apprenti que vous étiez à l’EPMT, qu’est ce que vous lui diriez ?
Je lui dirais qu’il n’y a rien sans rien, que le travail paie, qu’il ne faut rien lâcher et qu’il faut croire en soi. La vie n’est pas un long fleuve tranquille, on peut tomber, échouer. L’important n’est pas de toujours réussir, mais d’essayer. C’est en essayant qu’on trouve sa voie.
Je ne m’imaginais pas devenir ce que je suis aujourd’hui, et j’en suis fier. Ces années de cuisine m’ont forgé un caractère, m’ont donné confiance en moi, la certitude que je suis capable de belles choses malgré un parcours scolaire qui n’était pas simple. Tous ces chefs qui m’ont poussé vers le haut, recadré quand il le fallait, félicité quand je le méritais, c’est tout ça qui a fait la personne que je suis. Aujourd’hui, j’ai envie de transmettre cette expérience aux jeunes qui commencent.
Ce métier m’a aussi appris la patience, moi qui suis plutôt impatient de nature. C’est un parcours qui prend du temps : certains restent commis six mois, d’autres trois ans avant d’évoluer plus vite. Il n’y a pas de parcours parfait, chacun a le sien, chacun son rythme.
Beaucoup d’apprentis pensent qu’il faut avoir un parcours parfait pour réussir. Qu’auriez-vous envie de leur répondre ?
Non, il ne faut pas un parcours parfait pour réussir. Il faut travailler, ne rien lâcher, croire en soi, être persévérant. La vie n’est pas toujours facile, on peut rencontrer des obstacles, tomber, mais il faut se relever, garder la tête haute et savoir où l’on va. Et cela finit par payer.